poèmes
 Dimanche 6 Juillet
 Événements/Histoire du 6 Juillet
    

Théodore de Banville
sa vie, son oeuvre

Un poème au hasard


 
Préface - Les Folies-Nouvelles
Élite du monde élégant,

Qui fuis le boulevard de Gand,

    O troupe élue,

Pour nous suivre sur ce tréteau

Où plane l'esprit de Watteau,

    Je te salue!

Te voilà! Nous pouvons encor

Te dévider tout le fil d'or

    De la bobine!

En un rêve matériel,

Nous te montrerons Ariel

    Et Colombine.

Dans notre parc aérien

S'agite un monde qui n'a rien

    Su de morose:

Bouffons que l'Amour, pour son jeu,

Vêtit de satin rayé, feu,

    Bleu-ciel et rose!

Notre poème fanfaron,

Qui dans le pays d'Obéron

    Toujours s'égare,

N'est pas plus compliqué vraiment

Que ce que l'on songe en fumant

    Un bon cigare.

Tu jugeras notre savoir

Tout à l'heure, quand tu vas voir

    La pantomime.

Je suis sûr que l'Eldorado

Où te conduira Durandeau

    Sera sublime.

Car notre Thalie aux yeux verts,

Qui ne se donne pas des airs

    De pédagogue,

A tout Golconde en ses écrins:

Seulement, cher public, je crains

    Pour son prologue!

Oui! moi qui rêve sous les cieux,

Je fus sans doute audacieux

    En mon délire,

D'oser dire à l'ami Pierrot:

Tu seras valet de Marot,

    Porte ma lyre!

Mais, excusant ma privauté,

N'ai-je pas là, pour le côté

    Métaphysique,

Paul, que Molière eût observé?

Puis voici Kelm, et puis Hervé

    Fait la musique!

Berthe, Lebreton, Mélina,

Avec Suzanne Senn, qui n'a

    Rien de terrestre,

Dansent au fond de mon jardin

Parmi les fleurs, et Bernardin

    Conduit l'orchestre!

Écoute Louisa Melvil!

N'est-ce pas un ange en exil

    Que l'on devine

Sous les plis du crêpe flottant,

Lorsqu'elle chante et qu'on entend

    Sa voix divine?

Ravit-elle pas, front vermeil,

Avec ses cheveux de soleil

    Lissés en onde,

Le paysage triomphant,

Belle comme Diane enfant,

    Et blanche! et blonde!

Pour ces accords et pour ces voix,

Pour ces fillettes que tu vois,

    Foule choisie,

Briller en leur verte saveur,

Daigne accueillir avec faveur

    Ma poésie!

Car, sinon mes vers, peu vantés!

Du moins tous ces fronts inventés

    Avec finesse,

Comme en un miroir vif et clair,

Te feront entrevoir l'éclair

    De la jeunesse!





          Octobre 1854.



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