poèmes
 Vendredi 4 Juillet
 Événements/Histoire du 4 Juillet
    

Émile Nelligan
sa vie, son oeuvre

Un poème au hasard


 
La Chanson de l'ouvrière

Les heurs crèvent comme une bombe ;
À l'espoir notre jour qui tombe
Se mêle avec le confiant.
Pique aiguille ! assez piqué, piquant !
Les heurs crèvent comme une bombe
Ici-bas tout geint, casse ou pleure ;
Rien de possible ne demeure
À ce qui demeurait avant.
Pique aiguille ! assez piqué, piquant !
Ici-bas tout geint, casse ou pleure.
Je suis lasse de cette vie,
Je veux dormir, ô bonne amie,
Laisse-moi reposer, assez !
Non, pique aiguille! assez piquant, piqué !
Je suis lasse de cette vie.
Hâve par ma forte journée,
Je blasphème ma destinée,
Feuille livide au mauvais vent :
Un peu de sang sur mes doigts coule
L'heure râle, pleure et s'écoule.
Ah ! mon pain me rend suffocant.
N'importe, pique aiguille ! piqué, piquant !
L'heure râle, pleure et s'écoule.
Pourquoi donc Dieu me rend-il malheureuse ?
Je suis très pauvre et je vis presque gueuse.
Hélas ! la peine est un fardeau pesant.
N'importe, pique aiguille ! piqué, piquant !
Pourquoi donc Dieu me rend-il malheureuse ?
Tout dans l'abandon je le passe
Mon gagne-pain passe et repasse
Dans un seul même tournement.
N'importe, pique aiguille ! piqué, piquant !
Tout dans l'abandon je le passe.

                    
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