poèmes
 Vendredi 4 Juillet
 Événements/Histoire du 4 Juillet
    

Edgar Poe
sa vie, son oeuvre

Un poème au hasard


 
A M.L.S.
  Il n'y a pas longtemps, l'auteur de ces lignes, dans un fol orgueil d'intellectualité, 
  maintenait " la puissance des mots " niait que jamais pensée surgît dans le 
  cerveau humain, supérieure à son énonciation par la langue humaine. Et, maintenant 
  comme par une moquerie de cette jactance, deux mots, deux doux dissyllabes 
  étrangers, musique italienne, faits seulement pour être murmurés par des anges, 
  au clair de lune, rêvant d' " une rosée qui pend comme des liens de perles de 
  la colline d'Hermon " ont suscité de l'abîme de son coeur des pensées comme 
  il ne s'en place point et qui sont l'âme de la pensée ; de plus riches, de bien 
  plus étranges, de bien plus divines visions que le séraphique harpiste Israfel 
  même (qui a " la plus suave voix de toutes les créatures de Dieu ") ne saurait 
  prétendre énoncer. Et moi ! mes charmes sont rompus : la plume tombe impuissante 
  de ma main qui vacille. Avec ton cher nom pour texte, je ne puis, quoique commandé 
  par toi, écrire, ne puis parler ou penser - hélas ! je ne puis sentir ; car 
  ce n'est point sentir, cette immobile station sur le seuil d'or de la grille 
  grande ouverte des rêves, à considérer, extasié, le fond de la somptueuse allée :
  et, frémissant de ne voir, à droite, à gauche et le long de la voie, parmi 
  les vapeurs empourprées, tout au loin où la perspective se termine, que Toi. 
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